Inscrivez-vous à la newsletter pour rester au courant de l'actualité et recevez en cadeau une nouvelle exclusive:
(*) Vos données personnes resteront confidentielles  

Une dernière danse – partie 8 (la der des der)

Dimanche 18 novembre 14 h — Unité pour les malades difficiles de Montfavet – Vaucluse.

Recroquevillé dans son lit, Emir regardait fixement une moisissure sur le mur. La chambre était spartiate, le matelas rude et les parois grisées par des graffitis délavés. Il allait bien. Il n’entendait plus les voix. C’était le silence dans sa tête. Si seulement, il pouvait en être de même avec celles du monde extérieur ! Il n’en pouvait plus de ce ballet incessant : les cris des autres malades, le babillage des infirmiers, les psychologues, les interrogatoires, les interviews… Avec le temps, il avait appris à être présent en apparence seulement. Dès qu’il le pouvait, il s’évadait. Aujourd’hui, c’était grâce à cette moisissure.

Elle était verte. Rien n’était coloré ici. Tout était blanc sale ou gris pâle. Il aimait bien le vert. Ça lui rappelait les champs. Lola. Il sentait la chaleur du soleil sur sa peau, les papillons, l’odeur de l’herbe. Des coquelicots à perte de vue. La fleur préférée de Lola. Les galopades à travers champs pour la rejoindre, savourer le vent gonfler ses cheveux. Puis des rires, car Lola adorait courir. Elle lui fredonnerait quelque air prétexte à l’entraîner dans une danse survoltée. Elle porterait ses escarpins roses et lui vêtirait son smoking comme ce jour de carnaval à l’école. Et il la ferait virevolter et toucher les étoiles. Tout était bien dans son monde.

Ce qu’Emir n’avait pas vu, c’étaient les deux infirmiers qui le fixaient de l’autre côté de la porte blindée :

– Pfiouuu, il fait froid dans le dos le nouveau.

– Oui, mais moins, il est calme !

– Qu’est-ce qui l’amène ?

– Trouble dissociatif de l’identité. Il a étranglé des femmes.

Le plus corpulent eut un reniflement méprisant.

– Peuh ! Ils disent tous ça ! Laisse-moi deviner… Son autre personnalité est un petit garçon de neuf ans anxieux et maltraité…

– Oh, c’est mieux que ça. C’était un commissaire !

L’autre infirmier écarquilla les yeux :

– T’as pas lu son dossier ? Il a tué une femme rencontrée à un bal et l’a enterrée sur la plage. Le lendemain, il y repart et appelle la police pour dire qu’il a « trouvé » le corps.

 

Le corpulent s’esclaffa :

– Il s’est fait gauler à la plage ? Trop bête !

– Non ! T’y es pas du tout ! Il va au commissariat avec une ramette de papier, affirmant que c’était un dossier sur une espèce de tueur en série. L’officier qui lui a parlé a cru à un canular et l’a rembarré. Du coup, le mec toujours dans son délire, rentre chez lui avec une nénette qu’il a croisée à une sandwicherie, réussit à la convaincre de monter et lui fracasse le crâne.

L’infirmier corpulent écarquilla les yeux.

– Bah, comment la police l’a attrapé alors ?

– Facile, ce couillon a appelé à nouveau les flics en disant qu’il était le commissaire Afonso et qu’il avait arrêté le tueur aux escarpins roses.

 

Fin

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Pas encore de commentaires.

Qu’en pensez-vous?

Your email address will not be published. Required fields are marked *