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Une dernière danse – Partie 7

Dimanche 11 octobre vers 17 h 30 — Quartier résidentiel des maraîchers — Bandol

Rémi ouvrit la porte d’entrée et laissa Sonia s’engouffrer. Il jeta son pull sur un meuble à côté de lui. Maintenant qu’il avait insisté pour la faire rentrer, il regrettait. Il n’avait qu’une envie : lancer ses baskets à travers la pièce et se couler dans le sofa devant une bière fraiche. De toute façon, lorsqu’elle verrait la saleté dans son appartement, elle prendrait ses jambes à son cou. Il appuya sur l’interrupteur, mais l’entrée resta dans le noir. Il fronça les sourcils et cliqua frénétiquement. Il ne manquait plus que ça ! Il tendit les bras pour se guider et avança à petits pas. Le disjoncteur se trouvait dans une chambre d’appoint au fond.

Les volets étaient baissés depuis trois jours et sans les voyants lumineux de la télé et de la box, l’appartement revêtait un masque angoissant. Rémi progressa, les mains collées au mur. Après avoir cogné son meuble télé et sa bibliothèque, il s’engagea dans le couloir central desservant le reste du logement. Il appuya sur la poignée et ouvrit la première porte qu’il trouva. Heureusement même dans le noir, les pièces projetaient des ambiances très distinctes. Il reconnut la cuisine au cliquetis caractéristique du ventilo de son frigo d’occasion. De faibles rais de lumière passaient par le volet. En parcourant l’endroit du regard, il frissonna. Il eut un mauvais pressentiment : quelque chose n’allait pas. Pourtant, il ne laissa pas la sensation se propager, chassé par une odeur nauséabonde. Il n’avait toujours pas sorti la poubelle depuis son retour. Il grimaça en sentant son pied glisser dans une flaque visqueuse et enleva ses chaussures. Hors de question de disséminer cette fétidité dans tout son appartement. Il ouvrit une seconde porte et reconnut le parfum boisé caractéristique de son gel douche. Il continua à avancer et entendit un claquement sec. Était-ce Sonia ? Il attrapa la poignée du bout des doigts. Il frissonna la fraicheur du parquet se diffusant à travers ses chaussettes. La climatisation avait tourné toute la nuit. Il avança. Le disjoncteur devait se trouver… Rémi se figea. Mais s’il y avait l’air conditionné… Il sentit ses poils se hérisser. Voilà ce qui l’avait dérangé dans la cuisine. Le frigo ne pouvait pas marcher si le courant était coupé ! C’était un piège. Le cœur battant, il se félicita d’avoir enlevé ses chaussures. Il rebroussa chemin vers la porte. Il allait prendre un couteau à la cuisine, puis il… C’est alors qu’une odeur très fleurie lui saisit les narines. La respiration saccadée.

Il était là ! Il venait à peine d’en prendre conscience qu’une corde lui enserra la gorge. Il se débattit. Le lien lui mangeait la chair. Il sentit sa peau s’effriter. Il tira pour faire lâcher prise. C’était surprenant que quelqu’un d’aussi petit ait autant de force. L’ourlet d’une robe lui lécha les mollets. En l’attirant à lui, le parfum s’intensifia. Une poitrine rembourrée s’écrasa dans son dos. Ce fou s’affublait comme une femme. Excitée par l’odeur fleurie, sa migraine s’aviva. Il eut soudain la sensation de perdre conscience et un flot de bile monta dans sa gorge.

Le rire caverneux. La peur s’infiltra en lui et l’impuissance l’abattit. Il eut un hoquet et se retint de vomir. Il devait se ressaisir. Il allait mourir étouffé. Son agresseur lui arrivait à peine à l’épaule. Ses bras tremblaient pour maintenir la corde. Il commençait à fatiguer. La pression décrut. C’était autre chose que de s’attaquer à des femmes ! Rémi banda ses muscles et se remit debout. Déséquilibré, son agresseur desserra son étreinte. Rémi avala tout l’air qu’il put. Le mur. Il devait l’atteindre à tout prix. Mais Pierre se ressaisit et retendit la corde. Rémi oublia tout. Il pensa aux victimes, aux familles, à Charles, à sa brigade. Ce salaud. Il allait payer. Il lui montrerait ! Un cri surgit de ses tripes, vibra dans son corps, enflamma son âme. Il donna un coup de coude incisif dans l’estomac. La corde glissa sur le parquet. Rémi hurla et se retourna. Il hurla et l’empoigna aux épaules. Il hurla et recula avec lui aussi vite qu’il put contre le mur. Un craquement sec se fit entendre.

Rémi tomba à terre à bout de souffle. Son cœur battait si fort, que chaque pulsation lui donnait le sentiment d’être la dernière.

La contrition à sa tête était maintenant insupportable. Il vomit. Il mit ses mains sur sa tempe : s’il s’arrachait l’œil, la souffrance disparaitrait. Il essaya de lutter contre les vagues de l’étourdissement, il devait prendre son téléphone, appeler les renforts… La douleur fut plus puissante, il s’écroula.

 

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